27.8.04

s'éveiller

s'éveiller
à l'énergie
aux senteurs des bois
sensation d'eau fraîche


se laisser respirer
croire aux mots
qui viennent
respirs infimes


mais infinis
d'une éternité
insoupçonnée
à naître


vieilles croyances
toujours renouvelées


il est un temps
pour vivre
tout simplement
au coeur du don


et de ce que l'on croit
la perte

réveiller les espoirs
quand il n'y en a plus

continuer de voir
le soleil ou le jour
se lever
croire et donner

non pas comme
quelque chose de beau
de grand et de couteux

donner comme perdre
comme se défaire

atteindre la tristesse
pour comprendre la joie

donner non pas comme gagner
comme un trop plein
mais comme un essentiel

atteindre la raison pure
par la déraison

se défaire des certitudes
trop apprises et mal apprises
en tous les cas
malhabiles

jouer au sort un tour
jouer aux dés le sort
quitte ou double
pour tout gagner
en perdant tout

jouer à la vie
pour lui sourire
et pour la lui transmettre
enfin souple
et dégagée

poursuivant sa route
immuable
et transparente
il ne lui restait
qu'à respirer à fonds
cet air frais des bois

VSR
août 2004



24.8.04

apprivoiser

apprivoiser la peur
qui tenaille en silence
l'oppresseur


la délivrer des vertues
installées
se rappeller de la dernière version
du temps


qui chuchote
l'imagination sans rimes
ni raisons
sans contrefaçons


confiante elle chante
et change la vie


août 1989
VSR

apprendre

apprendre en tout temps

à retrouver les étincelles
de l'âme


au fonds des yeux
la châleur
des palpitations vraies


le langage d'amour
qui ne dit rien
mais s'offre


au-delà des ruptures
et des départs
et des arrivées


aout 1989
VSR

8.8.04

L'équilibriste

Tu te souviens…

Tu te souviens comment il y a bien longtemps,
Tu avais résumé la vie,
Au détour d’un sacré spectacle de ton enfance,

Cette histoire de l’équilibriste…

Tu avais même imaginé
Son doigté sur la corde
Comme si c’était le tien.

Un moment fugitif de gloire
Pensait-tu,
Et pourtant
Il n’en était rien.

Tu avais entendu
Ces haleines du public,
Retenus,
Vertes de peur,
Prises par le vertige,
Le vertige de tous ces regards
Retenant leurs souffles
Pour ne pas faire vaciller
Ce tout petit athlète
Qui jouait sa vie,
Cette vie de rien du tout,
Suspendue,
Et qui pourtant les concernait tellement,

Parce que c’était la leurs qu’il jouait.

Cette vie portée sur le fil du rasoir,

Sur cette petite corde de rien du tout,
Cette corde de violoniste,

Avec ce vide tellement grand,

Qu’il résumait tout

A lui seul.

Tu te souviens de ces regards
Happés
Contrits
Tenaillés
Par cette existence qui se signait.

Tu te souviens de cette haleine
De la foule,
Pantelante,
Vibrante,
Implorante.

Tu te souviens de leurs regards
Perdus
Lorsque la corde se déjoua
Et que le pied glissa
Et de cet immense soupir de soulagement
Lorsque le pied
Repris pied
Sur la corde.

Tu te souviens
De tous ces visages
Presque torturés
Dont chacun des gestes
De l’artiste,
Happaient toute leur attention
Au-delà de l’imaginable,
Comme si leurs propre existence
Etait en jeu…

Et il y eut
Le milieu,
Le milieu de la corde,
Là où elle se balance,

Il n’y avait pas besoin de deviner
Tout le monde savait..

Tout le monde savait
Que l’artiste jouait sa vie

Pour un rien,

Une pression folle,

Inouïe,

Insoutenable,

Ces gestes prompts,
Vifs
Comme l’éclair,
Contre une petite corde
Qui tremblait,
Devant l’artiste qui tremblait
Lui aussi…

Des pas justes
Qui ne pouvait même pas
Souffrir le luxe
D’un calcul,

Seulement
Ce souhait
De parvenir vivant
De l’autre côté.

Et ce milieu de la corde,
Et ce balancement,
Terrible..

Je me souviendrais toujours
De ce visage
Plein d’effroi,
Qui affrontait sa vie
Sous les feux de la rampe.

Mais pourquoi faisait-il cela
Ce disait tout le monde ?

Et c’était bien pourtant cela
Le spectacle…

Pour une fois rien n’était joué d’avance !

La corde se balançai,
L’artiste immobile
Essayait d’apprivoiser la corde
Comme lui-même.

Il fallait sentir ce balancement
Pour l’accompagner.

Mais ou étaient les gestes techniques..
Dont chacun aurait voulu
Qu’il soient là
Pour le sauver ?...

Mais en même temps
Cette absence
Etait pleine
Et immense.

Cette corde qui se balançait
Et qu’il apprivoisait sous nos yeux…

Cette force du risque
Que nous ne pouvions qu’affronter
Qu’à distance,

Qu’à travers lui…

Cette vie
Qu’il nous donnait
Parce qu’il la remettait en jeu
Sous nos yeux…

Il fallait qu’il vive,
Pour nous- même !

Alors nos regards
Devenaient hagards
Parce que nous n’en savions rien.

Nous ne savions rien de l’existence.

Nous ne savions rien de notre propre existence,

De ce qui la dénoue
Ou de ce qui la ruine.

Je me souviens encore de cette peur
Qui se lisait sur sa sueur
De ses gestes glissants
Qui auraient du le tuer.

Mais il se donna à cette corde,
A cette corde devenue magique.
Car tout était joué
Dés lors,
Et nous le savions,

Elle était devenue sa mort
Et sa vie,
En un si bref instant
Que cela nous dérouta.

Ce balancement,
Et son ampleur,
Qui avait pu conjurer
Le vertige
Par son mouvement,
Sans pour autant rien dénier
De la force du vide,

Cette respiration
Retenue,
Au bord du vide,

Comme un apaisement,

Et ce silence…
Puis ces gestes nouveaux,
Lestes,
Qui effleuraient la corde
Sans même la toucher,
Des gestes venus d’ailleurs,
Innés,
Donnés…

Miraculeusement…

L’artiste s’était envolé,

Au delà de lui-même
Et de nous.

Il s’arrêta pourtant dans sa course,

Nous regarda
Pour la première fois
Et la dernière.

Je me souviendrais toujours de ce regard,

Un regard sans appel,
De celui qui a joué sa vie
En la donnant en spectacle,

Notre propre spectacle.

Ce regard disait si frontalement
Que la vie n’est pas un jeu.

Une tension
Où ce joue notre existence,
Ne se déjoue pas,
Elle s’affronte,
Sur le fil du rasoir
Au bord du vide,
Sans faux-semblants,
Au risque de se perdre,

Disaient ces yeux
Que personne
N’osaient
Ni ne pouvaient affronter.

Et il en fut ainsi..

Bien plus tard
Je reformula ce « blizzard ».

Cet artiste
A la limite de soi-même
Que nous aurions tous aimés être
Pour nous concevoir enfin nous-même,

Mais dont nous n’avions jamais eu ce courage…

Apprendre la maîtrise de nos gestes
Pour que tel un funambule
Nous traversions sans tracas la courbe
Vertigineuse de notre existence
Sans même nous en rendre compte,

C’était tout ce qu’il nous restait…

C’était stupide !
Et c’était faux !

Et il a fallu qu’un petit équilibriste
De rien du tout
M’en donne la leçon,
Pour le croire !

Que pouvait-il m’apprendre de l’existence ?

Qu’il n’y avait pas de dérisoire qui tienne
Devant la force de ce que l’on donne de soi..
Il n’y a que cette force de se donner
Qui compte sur le fil du rasoir
Elle n’enlève rien au vide
Et à la peur.
Elle rend au vide et à la peur
Leurs genèse
Leurs fondements
Leurs pleins droits
Qu’il nous faut
Apprivoiser.

La maîtrise de soi,
C’est tout le contraire,
Il n’y plus rien à apprivoiser,
Il ne s’agit que de dominer,
D’ignorer,
De dédaigner,
Royalement
Le vide et la peur,
De dénier
Cette densité
Et cette profondeur
Qu’ils nous offrent,
Et sans lesquelles
Nous n’aurions même plus
D’existence,
Même plus de dimension
Même pas d’assise…

Car c’est bien
Dans cet ailleurs,
Dans cette tension,
Dans ce grand écart,
Incommensurable,
Que la vie et la mort
Créaient,
Ensembles,
Dans ce vide inimaginable
qu’elles esquissent
Et construisent,
Avec cette connivence
Sans détours,
Que tout ce joue
Et ce dénoue.

Cette « virtualité »,
Que nous apprenons seulement
Un peux mieux
A connaître
Aujourd’hui…

Elle est si grande
Et incalculable
Cette différence
Qui sépare
L’équilibriste
du funambule…

Ils sont aux antipodes,
L’un de l’autre.

Pourtant,
Ils sont tous deux
Un challenge affirmé de nos vies,
Et ils se ressemblent tellement,
Qu’il est si difficile d’en faire la différence…

Ils sont tous deux une porte de ce challenge,

Là où il se dessine
Et se décide,

Là où il naît
Ou bien se plagie…

Là où il se joue
Ou se fracture….

Là où il se ruine
Ou se déjoue…

Car même jouée,
Toute ressemblance,
Ou toute parodie,
De tout défi
Porté
Au bord du vide,
N’apporte rien,
Car il ne peut avoir de prise
Sur le dérisoire qui constitue nos vies.

On ne peut y jouer un simulacre,
Même le meilleur qui soit.

Le vide ne se traverse pas
Ni ne s’efface,
Par la maîtrise d’un geste
Comme de toute une vie,

Il est un face à face !
Il s’apprivoise seulement…

Il n’y a pas d’impasse qui tienne
Pour se déjouer du dérisoire,

Sans affronter ce vide qui l’institue…
Car cette fragrance enivrante du vertige,
Perçue au bord du vide,
Qu’elle soit dominée
Ou apprivoisée
Nous donne rendez-vous de toute façon
Aux portes de l’abîme.

Et il vaut mieux l’avoir apprécié
A sa juste valeur,
Avant,
Pour ne pas être mis en porte à faux,
Ébranlé,
Ou pris au dépourvu,
Dans ce face à face ultime,
Si bien dessiné
Et trop bien précisé,
qui nous attend tous :

Une seule inconnue,
Face à une toute petite équation
De rien du tout…

Cette toute petite équation
Devant laquelle
Nous développons pourtant tant d’ardeur…

C’est ainsi
Que devant la mort,
La vie s’imagine
Et se délie,
S’ébroue
Et s’enflamme,
Puis s’élabore,
Se transcris,
Se dénoue,
Et se déjoue,
Et se décline…

Pour se résumer
Et se transmettre,

Pour devenir concise,

Et se résoudre.

Il n’y a pas de passage
Ni d’égalité
Mais une virgule…
Une virgule
Si difficile à poser
Devant l’inconnue,

Celle d’admettre
Une égalité que l’on croit pouvoir
Ou devoir tenir,
Mais que l’on ne mesure pas,

Et qui pourtant s’impose…

Il suffit pourtant d’une virgule
Pour la déjouer,
Ou s’en jouer…

Une petite virgule
De rien du tout
Pour nous ponctuer

Et nous résoudre
A travers elle..

Cette toute petite virgule,
Qui joue sa vie
Sur une corde de violoniste…

Et qui l’affronte
Sans gageurs…

Il n’y a pas d’égalités
Devant la mort
Ni d’équations qui tiennent…

Il n’y a qu’un résumé
Qu’une virgule concise,
Incisive,
Qui puisse l’affronter…

Et la deviner,

Pour pouvoir l’admettre.

AR le 19 sept. 2002, UA POU

5.8.04

rappelles-toi

rappelles-toi toujours
le vide comme la richesse

quand tout se taiera
et que tu ne trouveras
ni l'habit, ni l'ami
ni le logis

souviens-toi du vide
léger
comme unique source

il y aura toujours
des soleils tronqués
à dévoiler

des moteurs tenaces
des ruses à peine aperçues
qui dévasteront les champs
ensemencés d'amour à peine éclos

il y aura toujours
la vengeance aveugle
des donneurs de leçons

il y aura toujours
à rechercher plus loin

comme une source
sans laquelle la vie se ternirait

il y aura toujours
des moissons d'orages sous nos pieds

des regards fatigués à délivrer
des soupirs et des sanglots

des mots trop hauts
et des chuchotements qu'on entends pas

VR
août 1989

le soleil revient

le soleil revient

jours paisibles
en pleine mutation
en pleine émotion


la musique des marteaux-piqueurs
s'arrêtent pour l'instant


suspendant mon temps arrêté
entre des paires d'yeux vides et glauques


le regard qui tue la vie
dit la haine entretenue par des belles paroles
hypocrites certes mais si belles


faible sourire d'un pari d'un défi
jeté tenu
pour une petite place
à travers leurs autoritarismes dissimulés
oh si bien


oh l'ami
qu'existe-t-il ici ?
d'une quiétude sociale


que nous reste-t-il ?
nos sensibilités
toujours en fleur
toujours
à fleur


VSR
Nanterre
juin 1990

je vois

je vois tous ceux qu'on casse
mais c'est pas grave

le temps, on a tout notre temps
pour enfanter un monde nouveau

mais c'est pas grave
un jour tous se relèveront
des cendres

VR
août 1989

chaque mot

chaque mot vrai qui se fonde
en ta substance intérieure
construit en toi
l'arche invisible
de la Beauté première

il n'est - au monde - nulle autre tâche
qui vaille le coup
ou plutôt, je veux dire, tout
viendra d'elle, libre et vivant

les aternoiements démesurés
de ceux qui se croient grands

peu à peu tu les laisseras
pour ce qu'ils sont

tu leur laisseras leur supériorité leur orgueil
et leur jouissance

et tu traverseras tes déserts
qui te parleront une langue
que nul n'entends
si bonne et si douce pourtant

VR
1990

repos

ô repos, ô tendresse
ô alliance de moi à moi-même
retrouvée
oeil intérieur
où convergent les forces du monde


la dualité et l'antagosnisme
se retrouvent et se fondent


et lieu de la vie
à l'instant de l'expir
se mêle à la chanson inaudible
du vent
au secret enfoui des coeurs


ô repos, ô tendresse
ô larme féconde
où s'évanouit la lourde peine
en forme d'emphase faussement dynamique
des hommes de ce temps-là


ô repos ô tendresse
gardes moi dans cet instant plein
de moi à moi où se chantent
et s'inventent des rimes profondes


VSR
1990

vacances


dernier jour l'éternité soudain
à coeur de fleur
à fleur de peau

le soleil me lêche
de grandes caresses
d'amour invisbles
qui ne s'effaceront plus

mais de l'intérieur
s'épanouit la source féconde

il est un pays -ici-même-
qui abrite de petits jardins
protégés par des bosquets

ici chaque instant
devient maturité
et chante dans son langage
la vie à naître


VSR
août 1989

prends le temps

prends le temps de vivre
mon ami
le bateau part toujours
à la même heure
et attends tous et chacun
tu as ta place réservée
et moi aussi
on embarquera tous
pour l'autre côté


et tu ne sais pas
ce qu'il se cache
là-bas derrière
le grand manteau blanc
quand on ne sera plus

alors
regardes moi, regardes toi
regardes nous
prends la ta vie
à fond
tandis qu'il est encore temps

ne te perds pas
dans les dédales des soucis
inutiles et inutilisables
qui ne font que donner des rides
avant l'âge

tu as oublié de prendre
l'enfant par la main
et de lui raconter les étoiles
derrière l'horizon


VSR
août 1989


au coeur de tout

au coeur de tout
l'unité et l'amour


plus de mal ni de bien
atteindre la plénitude
dans l'existance constante
simplicité au bord des rêves

tout est dans tout
le début et la fin

courrir là-bas très loin
chercher son centre
ne sert pas à grand-chose

là-bas ici partout ailleurs
c'est possible de se déposer
de se trouver soi-même

la plus grande richesse
c'est comme l'escargot
de se transporter partout
en soi

c'est le vécu qui compte
et non pas les lignes sur le papier
et non pas les paroles lues et entendues
et non pas l'apparence fard trompeur
jeté en pleine face comme bouclier
rempart-fausse reconnaissance

une envie soudaine
de dire
tout est possible
on renversera l'ordre du monde
un jour


VR
août 1989


4.8.04

parles moi

parles moi
racontes moi les émois
dissimulés à force de tant de faux sourires
de tant de galanteries mal placées
de faux semblants sociaux


il est toujours temps
de renouer les neurones éteints

racontes n'importe quoi
n'importe quelle sottise - que tu crois -
qui traverse ta tête endolorie
mais belle quand même
ne t'inquiète pas

batis-toi un empire de lumière
contre leurs défaites invraisemblables
contre leurs insensés échecs
en forme d'assurances tempétueuses
malhabiles invertébrés
leur colonnes vertébrales
les ont désertés pour un temps certain

n'attends pas de les revoir
debouts comme un homme
qui avouerait avoir froid la nuit

rayonnes en secret de ta vie solitaire
qui n'a pas oublié
les quelques regards d'éternité
à jamais vivants

à jamais vivants
réveilles les souvenirs gisants
qui t'attendent à toute heure
et enveloppes-toi de la poussière
de leur sillage

VSR
août 1989


au fond

Au fond de la laideur git le souhait...
de qui, de quoi ?
nul le sait plus
nul ne le saura plus dans cet univers si bruyant

et si vide d'étincelles
et tout s'en va
plus rien n'existe de cette force de vaincre
tout est là et repus
ceux qui passent ne se savent plus

dépossédés de la connaissance ultime
de parler juste
juste parler
dire des mots qui viennent

comme de brillantes perles d'eau

mais la mémoire s'est perdue à jamais
et dans le château-fort, qui entend

geindre des troupes au fond du labyrinthe ?

rires et tracas se mêlent
dans une atmosphère aseptisée
tristesse indicible se lit aux fonds des éclats


et on se bat pour se défendre, se protéger
pour en définitive ne plus exister
ils passent et repassent yeux vides
regards glauques statu quo de l'indifférence déchaînée
des propos ravageurs
sortilèges d'arguments en flêches pour combler
leurs appétits en déroute


savoir soudain voir clair dans cet univers de néant
savoir tout simplement trouver cette porte
si frêle si invisible à travers leurs yeux justiciers

savoir soudain la simple simplicité de vivre
et que tout est là et bien là bien en deça bien audelà
des propos mystificateurs des haines larvées cachées
des cris des enfances meurtries


tout est là et bien là
dans chaque minute soleil

un univers à faire renaître
un sourire à inonder
une croyance que l'on croyait vaine à ressusciter
cette joie si ancienne
qui habite encore au fonds des os
à réveiller

dans chaque instant mystère
un nouveau soleil à enfanter
des confetis d'émotions pulvérisées
à réaccorder avec l'harmonium
de ces labeurs dénigrés

il est là le temps soudain là
offert immédiat à nos âmes sensibles

le temps venu imprévu impromptu
de sésensabler nos fols désirs
plus sages que ces raisons en déroute
toute folie un lambeau de vie
qui laissera un sillage d'étoiles
elles parsèmeront les jours engourdis
elles reviendront les lucidités déterminées
....
bien loin
dans la lassitude de l'ignorance trop tôt retrouvée
...
elles illumineront quelques instants
fragments du temps enfin en dominance
VSR
1992





1.8.04

aller

aller dans les profondeurs
la vie sue la vie tue la vie à inventer
la vie à naître
comme une fleur sauvage aux senteurs inconnues
aller au fond toujours au fond plus loin
là où la vraie vie se terre encore
apprécier chaque instant
comme sur le point de disparaître
vivre jour après jour vivre
du fonds de soi
il est un lieu pour être
un lieu en soi où nul ne peut habiter
hormis soi
de ce lieu ignoré
se tient la clé de l'éternité
tout simplement
celle qu'on cherche et qui nous tracasse
car c'est de l'intérieur
que tout doit être vu
et non de l'extérieur
regard médiatique, médiatisé
absence de regard
monde si vide
vidé du sens
du sens qui est

vsr bamako 1993

le temps se gâte

Ecrire vite avant que le temps ne se gâte - tant qu'elle est là, la magicienne voilée qui rend à la vie sa plénitude originelle.

Vite parce que tout s'en va si vite de ces moments cristallins venus dans ce jour maussade
ce n'est rien rien du tout leurs manoeuvres pernicieuses

je ne leur donnerai pas raison aux arpenteurs de mauvaise foi, parce qu'ils n'ont pas raison.
Laissons- les agir au gré des rides, esseulés depuis si longtemps, ils ne connaissent plus le rire de l'enfant, il n'y a plus de larmes, mais des armes efficaces, défensives et lancinantes depuis si longtemps subtilement aiguisées....

que peut la naïveté de la confiance, de l'innocence, de la foi en l'homme devant cette débauche délicate d'outrages ?

Rien ! rien que le rêve
toujours habité de cet autre monde
rien ! seulement rien que cette incapable foi en autre chose,

cet invisible impalpable que l'on ignore et pourtant si présent

il est là et rien que lui
nous tiendra debout contre vents et marées ....


que vaut ces hypocrisies renouvelées ?
ils cherchent en vain
laissons leurs coeurs et leurs âmes désséchées.


Il naîtra de plus loin que la nuit

et le jour pour lui ne sera jamais plus mystère
comme une fleur comme des pétales de rose
il posera son oeil 
éternellement innocent sur le monde 
il franchira intact tous les océans voilés de haine.
vsr bamako 1993