Etre là en exil - la force d'avoir tout quitter - comme une mort - la force d'avoir oser mourir à tout ce qui avait été les repères, les balises sécurisantes.
Ici renaître avec au coeur l'émerveillement de cette croyance venue de nulle part et se suffisant à soi-même, la confiance en ce petit coin d'éternité éphémère et invisible qui parfois nous effleure.
Partie, elle laisse le souvenir d'une plénitude mortelle - présente, elle rend à l'évidence la juste mesure de nos propres limites bornées par notre seul manque à croire en la beauté - une sorte d'obscurantisme négatif négateur par automatisme, de toute forme tremblante de vie comme celle du nouveau né que tous portons en soi sans le savoir.
Le regard que nous nommons bien souvent l'innocence, comme le signe d'une immense perte et d'un mépris masquant la laîdeur des coeurs meurtris, est une porte ouverte.
Nous ne savons plus faire confiance, nous cherchons à gagner avant tout...Cette perte est d'abord là en préalable,invisible. C'est elle qui nous pousse dans la course aveugle de l'illusion de combler le trou béant de nos incapacités à comprendre la vie.....
Les choses apprises par coeur, nous les reproduisons comme des rails qui nous auraient enfantés.
Ici ou ailleurs la vie ne tient qu'à un fil,
ici ou ailleurs on la veut éternelle identique à elle-même, sécurisante, immuablement égoïste.
Nos pauvres sens atrophiés peuvent-ils percevoir la richesse du don de l'être, et la simple liberté au coeur de l'homme d'être humain ...
Pourquoi la vie révèle-t-elle parfois son caractère translucide de miracle de l'instant ?
Pourquoi a-t-on oublié que tout nous avait été donné ?
Bamako - 1993